Le métier d’herboriste : histoire, réglementation et avenir
Herboriste : le mot évoque des tiroirs de bois, des bocaux de plantes séchées et un savoir transmis de génération en génération. Derrière cette image se cache pourtant une profession au parcours mouvementé, aujourd’hui sans diplôme officiel en France. Retour sur l’histoire, la réglementation et l’avenir d’un métier que nous perpétuons chaque jour, à l’occasion de la conférence donnée par Diane Akriche, conseillère à l’Herboristerie du Palais Royal.
Qu’est-ce qu’un herboriste ?
La question paraît simple, elle ne l’est pas. Un herboriste soigne-t-il ? Conseille-t-il ? Vend-il des plantes alimentaires ou médicinales ? Au fil des siècles, celui qui connaît les plantes a porté bien des noms : apothicaire, médecin, jardinier, épicier — et parfois, dans l’imaginaire populaire, « sorcière ».
Ce qui rassemble toutes ces figures, c’est un savoir : un savoir accessible, populaire, longtemps transmis au sein des familles. Comprendre l’herboristerie, c’est d’abord comprendre que la plante ne relève pas d’une seule catégorie. Une même plante peut être alimentaire, médicinale, textile ou ornementale. C’est notre usage qui la définit — et, avec lui, la réglementation qui l’encadre.
Un savoir plusieurs fois millénaire
L’usage des plantes accompagne l’humanité depuis toujours. Dans l’Antiquité, Hippocrate, Dioscoride et Galien posent les bases de la médecine occidentale autour de la théorie des humeurs. Au Moyen Âge, la vie monastique fait des jardins de cloître de véritables réserves de soin : Charlemagne ordonne par décret la culture d’au moins quatre-vingts plantes dans les jardins des monastères, pour prendre soin des malades et des plus démunis. C’est là que naît le fameux « carré des simples ».
Les Temps modernes, portés par les grandes explorations, font entrer en Europe la quinine, le safran, la cardamome, la cannelle ou la vanille. Paracelse résume alors une intuition qui reste d’actualité : « Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison. » Puis Carl von Linné pose la classification botanique moderne. Enfin, la période contemporaine et l’essor de la chimie permettent d’isoler les molécules des plantes : la morphine est extraite du pavot en 1815, la quinine du quinquina rouge en 1820. La pharmacie moderne naît, en grande partie, de l’herboristerie.
1941 : la rupture
Le métier s’est pourtant structuré, puis fragilisé. Dès 1778, un premier diplôme d’herboriste voit le jour en faculté de médecine. La loi du 21 Germinal an XI (1803) crée le certificat d’herboriste et les écoles de pharmacie. En 1909, l’herboriste est autorisé à dispenser les plantes médicinales non toxiques.
Puis vient 1941 : le diplôme d’herboriste est supprimé. Le pharmacien devient le seul professionnel habilité à manipuler les plantes médicinales. Depuis, plus aucun diplôme d’herboriste n’est délivré en France — une singularité française qui perdure aujourd’hui.
Un état actuel plein de paradoxes
La réglementation issue des années 1980-1990 a classé les plantes en deux listes : la liste A rassemble les plantes médicinales à balance bénéfice-risque favorable, traditionnellement utilisées (472 entrées en 2023) ; la liste B, celles dont la balance est jugée défavorable.
À côté du monopole pharmaceutique existent les « plantes libres ». Elles étaient 34 en 1979 (décret signé par Simone Veil), 148 en 2008 (décret de Roselyne Bachelot). Cette liste mériterait aujourd’hui d’être réactualisée : des plantes aussi familières que le bleuet, le calendula, le plantain, la racine de pissenlit ou la fleur d’aubépine restent sous monopole.
Le paradoxe est réel. Les herboristeries sont administrativement considérées comme des épiceries — mais les pharmacies leur commandent des mélanges de tisanes à visée médicinale. Les plantes sous monopole sont souvent introuvables en officine, et peu de professionnels de la pharmacie sont formés à leurs propriétés. S’y ajoute un enjeu écologique et qualitatif : une petite production locale sans label peut offrir de bien meilleures qualités organoleptiques — goût, odeur, couleur — qu’une matière première importée « labellisée ». Des projets, comme celui de la pharmacienne Célia Despax soutenu par le syndicat des Simples, cherchent justement à développer des filières locales pour les officines.
Se former à l’herboristerie aujourd’hui
Faute de diplôme d’État, la transmission passe par un riche tissu d’écoles et de fédérations. La Fédération française des écoles d’herboristerie (FFEH) regroupe plusieurs établissements reconnus : l’École des Plantes de Paris, l’École lyonnaise des plantes médicinales, l’École bretonne d’herboristerie ou encore l’IMDERPLAM. Les professionnels de santé peuvent suivre un DU de phytothérapie-aromathérapie, et il existe une licence professionnelle de conseiller en herboristerie et produits de santé à base de plantes.
Du côté des producteurs, une avancée majeure a eu lieu : en 2023, la Fédération des paysan·nes herboristes (FPH), avec le syndicat des Simples, a fait reconnaître le titre de « Paysan Herboriste » au Répertoire national des certifications professionnelles. Deux centres le délivrent, à Montmorot et à Nyons.
Qui encadre les plantes ?
Plusieurs institutions veillent, chacune selon l’usage de la plante : l’ANSM (médicament) publie listes et monographies de contrôle ; l’EMA établit les monographies européennes ; l’ANSES rend des avis sur la consommation alimentaire ; la DGCCRF encadre les compléments alimentaires et les allégations. Une même huile essentielle peut ainsi relever du complément alimentaire, du cosmétique ou du parfum d’ambiance — pour des effets et une toxicité pourtant identiques.
Quel avenir pour l’herboristerie ?
L’avenir s’écrit dès maintenant : développement de filières locales pour les officines, création de l’Association des herboristeries de France (AHF) en 2023, réflexion collective avec des initiatives comme « Imaginons ensemble l’herboristerie de demain », et l’espoir d’une mise à jour de la liste des plantes hors monopole. Ce qui fait vivre le secteur, avant tout, ce sont des professionnels passionnés qui transmettent, jour après jour, un savoir vivant.
C’est précisément cette vocation que nous portons à l’Herboristerie du Palais Royal, où nos conseillers herboristes vous accompagnent dans le choix des plantes.
🍂 La tisane de l’automne de Diane
Le mélange (à composer vous-même) :
- Tulsi — 15 g
- Ginkgo biloba — 10 g
- Menthe poivrée — 10 g
- Romarin — 10 g
- Pivoine — 5 g
La préparation : pesez et mélangez les plantes dans un saladier, puis versez dans un sachet que vous refermez. Notez sur le paquet le nom de la tisane, la date du jour et les conseils d’utilisation.
La dégustation : comptez 1 cuillère à soupe de mélange pour une tasse de 25 cl, en infusion 10 minutes. Deux tasses par jour, à savourer avant 17 h, comme un rituel réconfortant de l’automne.
Découvrir nos plantes en vrac et nos mélanges →
Conférence donnée par Diane Akriche, conseillère et responsable qualité Plantes à l’Herboristerie du Palais Royal, le 24 septembre 2025. Herboristerie du Palais Royal — 11 rue des Petits-Champs, 75001 Paris.
